Dole, janvier 2020

Malgré les grèves, je réussis à me déplacer entre la région parisienne et le Jura. Le premier atelier d’écriture qui devait avoir lieu en décembre et qui a été annulé faute de train lance notre cycle de rencontres.

Comme à chaque fois, je viens avec des livres, des textes et des photos. Cette fois-ci, j’ai choisi un roman d’Erri de Luca dont je parle dans mon livre « Des héros pour la terre ». Ce livre, je l’ai beaucoup aimé. Dans mon sac, il y a aussi un récit que j’ai écrit « La tête de mon brochet » qui n’est plus édité mais qui vit ainsi toujours malgré la décision de l’éditeur de le jeter aux oubliettes. J’ai également pris « L’homme qui plantait des arbres » de Jean Giono. Un classique que j’aime beaucoup. Ces trois livres ont en commun d’évoquer la nature ou plus exactement des êtres humains dans la nature. Puisque notre feuille de route nous commande d’écrire sur la biodiversité. Un mot que j’ai envie de bannir. Trop technique, trop savant.

Tavaux et Damparis, les deux communes où se trouvent les deux collèges où j’interviens, se trouvent en pleine zone Seveso. L’usine s’étend de tout son long. Un chapelet de ronds-points la borde dont le rond-point de la chimie.

Ses cheminées crachent régulièrement des volutes de fumée et tout autour, bien alignées et bien dociles, ses cités quadrillent l’espace avec leurs grosses maisons bien robustes aux volets colorés. Quand elles ont été construites, leur architecture devait respecter la hiérarchie sociale. Plus on grimpait l’échelle sociale, plus votre maison était belle. Les bureaux de l’usine sont eux-mêmes hébergés dans une magnifique demeure qui, éclairée de mille feux les soirs et les matins d’hiver, vous plonge dans une tout autre époque. Il n’y a pas à dire ces constructions vieillissent bien. Elles ont de l’allure. Bref, l’usine Solvay est encadrée par « mes » deux collèges. À cause d’elle, une procédure existe dans les deux établissements pour confiner les enfants en cas d’alerte.

C’est donc là que j’invite des ados à écrire une histoire de biodiversité. La première fois, à Damparis, je retrouve les élèves dans un laboratoire de sciences. Ils vont devoir écrire sur les carreaux blancs de leurs paillasses. Le lieu n’est pas idéal mais il symbolise bien ce que nous faisons ici : une expérience. Pendant plusieurs mois, nous allons nous retrouver et voir comment écrire un texte, inventer une histoire et des personnages. Nous connaissons notre objectif mais nul ne sait ce à quoi nous aboutirons. Ce premier groupe est composé des éco-délégués de chaque classe de la 6ème à la 3ème. Les plus âgés sont au fond de la salle 🙂 Leur prof de SVT est avec nous. Il y a aussi la prof de français et Céline, la documentaliste.
Je me suis déjà attachée à eux. J’attends avec impatience de les entendre lire leur histoire. Certains calent. Je leur propose de fermer les yeux. Il faut se replier en soi, parfois, pour imaginer.

A Tavaux, nous nous retrouvons plus souvent car nos séances sont plus courtes. D’un atelier à l’autre, je vois les progrès. Certains ont trouvé le déclic, d’autres résistent de toutes leurs forces. Il y a des pépites, tant de jolies choses. Nous finissons parfois trop frustrés car la sonnerie a sonné et que c’est déjà fini. Je les félicite pour leurs efforts de concentration, tentent de les encourager.