Rugby, une histoire du sport féminin

J’ai découvert le rugby féminin complètement par hasard. Ni joueuse ni supportrice, je me suis prise d’intérêt pour l’histoire de ce sport à forte connotation masculine pratiqué, envers et contre tout, par des femmes. Et j’ai été frappée par l’énergie, l’enthousiasme et la passion qui émanaient des joueuses de rugby, toutes générations confondues, que j’ai eu l’occasion de rencontrer.

L’histoire du rugby féminin a à peine soixante ans et ses pionnières ont l’âge d’être ma mère. Elles sont les grand-mères des jeunes de vingt ans d’aujourd’hui. Des grand-mères pas comme les autres. Même les joueuses d’aujourd’hui ignorent souvent que, sans l’opiniâtreté de ces combattantes héroïques des années 70, le rugby féminin n’existerait sans doute pas. Et la France n’aurait pas non plus l’une des meilleures équipes du monde.

À la fin des années 1960, les premiers clubs de rugby féminin voient le jour : les Violettes Bressanes d’abord, à Bourg-en-Bresse, puis le « Femina Toulouse Sport », « l’ASVEL Lyon-Villeurbanne », le « FC Auch », « les Oursonnes » de Tarbes ou « les Coquelicots » de Tournus, en Saône-et-Loire.

La Fédération française de rugby choisit de les ignorer. Le règlement international stipule, en effet, que le rugby est un sport d’hommes. Les clubs féminins créent, alors, leur propre structure et organisent un championnat national féminin.

Au gouvernement, c’en est trop pour le colonel Marceau Crespin, chargé de développer le sport en France depuis le fiasco des JO d’été à Rome en 1960. Cet ex-militaire devenu secrétaire d’État aux sports, souhaite stopper le développement du rugby féminin, une pratique qui, selon lui, menace l’intégrité physique des joueuses et leur moralité.

En octobre 1972, il écrit aux préfets pour interdire, partout en France, l’accès des installations sportives aux quelques 300 joueuses de rugby :

« Je pense que le rugby – sport de contact exigeant des qualités d’endurance, de robustesse foncière et de virilité – est contre-indiqué pour les jeunes filles et les femmes pour des raisons physiologiques évidentes.

Cette pratique présente des dangers sur le plan physique et sur le plan moral… Aussi, je vous demande instamment de ne pas aider les équipes de rugby féminin ».  

Les joueuses de rugby refusent d’obéir. Elles vont surmonter les obstacles et continuer de jouer.

C’est cette histoire que je raconte dans la BD « Combattantes » (dessins Sophie Bouxom) et dans mon reportage « Les clandestines de l’Ovalie » publié par la Revue XXI (n°60).