Résidence Résistance Collective

Du 11 au 19 novembre, j’ai participé à une résidence d’auteur collective à Le Teil, commune d’Ardèche, juste à côté de Montélimar et donc tout au bout de la région Rhône-Alpes.

J’ai partagé cette résidence avec Bruno Doucey, Rachel Hausfater et Maria Poblete, auteurs comme moi de livres publiés dans le cadre de la collection Ceux qui ont dit non chez Actes Sud Junior.

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Voici le journal de cette résidence.

Samedi 11 novembre. 

Le Teil, Ardèche. Je suis depuis hier tout près de Montélimar pour une résidence d’écriture collective. Nous sommes quatre auteurs de la collection Ceux qui ont dit non (Actes sud junior) à nous succéder dans le cadre d’un projet mis sur pied avec le réseau des bibliothèque et la communauté de Communes Ardèche Rhône Coiron. J’ai pris le relais de Bruno Doucey. Ensuite viendra Rachel Hausfater. Puis Maria Poblete arrivera. Fin janvier, nous reviendrons tous pour une restitution.

J’ai écrit deux livres dans cette collection Chico Mendes : « Non à la déforestation » et Janusz Korczak : « Non au mépris de l’enfance ».

Le Teil, de l’autre côté du Rhône, sous le soleil. Je n’ai encore rien vu. Le cinéma Regain juste à côté, les cafés, les pâtisseries, mon balcon, les volets bleus et puis la cité blanche. Cité Lafarge. Cité ciment abandonnée sous les arbres et la végétation dévorante.

 

Street art, murs graffitis. Seule Fernande habite encore les lieux. Des fleurs sur chaque marche de son escalier. J’aurais aimé lui parler de ses 89 printemps passés ici quand tous ses voisins ont rejoint la maison de retraite ou le cimetière. Jadis, ici, ils étaient plus de 500 familles à habiter dans la poussière. Si l’on voulait travailler à l’usine, c’était le curé qui embauchait. C’est ce que me dit un septuagénaire qui surveille les lieux. La cité devait être démolie, mais in extremis ordre a été donné de tout laisser intact. Enfin, intact, façon de parler. Car la cité murée est pleine de trous, de courants d’air. Par grand vent, mieux vaut éviter de longer les murs.

 

Avec Bruno, nous avons proposé hier une lecture de nos textes sur le thème de l’exil dans un lieu pas banal, le centre d’hébergement d’urgence de la ville. Ici sont accueillis des hommes et quelques femmes sans domicile fixe qui ont composé le 115. Ils sont là quelques semaines, souvent plusieurs mois le temps de recharger les batteries et, théoriquement, de trouver une solution de logement durable.

Avec Bruno, c’est l’heure du jazz. Récits et poèmes. Je lis Chico Mendes. Il répond Pablo Neruda. Je parle de Lulu et de ses petits voisins dont je raconte la rencontre dans mon recceuil de nouvelles PARTIR. Il enchaîne sur les vieilles en noir des îles grecques. J’évoque la naissance d’une enfant dans un camp de réfugiés. Il répond petite fille à tresse sur la banquette du métro, petite fille à tresse qui écrit des poèmes dans le même fuseau horaire que son grand-père.

Arnaud Savoye, éducateur et poète, notre hôte, avait prévenu : cette soirée devait être l’occasion d’échanges véritables entre résidents du centre venus écouter et public venu de l’extérieur mettant les pieds pour la première fois dans le centre. Je crois que c’est ce qui se passe. On se parle, on s’écoute. Les mots, les histoires, la poésie se disent simplement, se partagent. Rien n’est réservé à quelques uns.

C’est le genre de soirée qui rend heureux.

 

Dimanche 12 novembre 2017

Le Teil, Ardèche. Deuxième jour. Chaque jour de cette résidence résistance à laquelle je participe est une couleur. Je l’ai décrété. Arc en ciel, m’a écrit Bruno Doucey qui me précédait ici. Dimanche bleu. Bleu Bruno, bleu sensible, bleu volet, bleu poisson, bleu immense.

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Un jour de résidence sans rendez-vous de prévu, c’est un jour prévu pour l’écriture. Mais comment faire quand on hésite ? Bleu respiration, bleu réflexion.

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Avec Bruno, juste avant son départ, on a pris l’apéro sur le toit-terrasse sous un soleil éblouissant et parlé pas très longtemps, mais juste assez pour ne plus hésiter. Je l’ai déjà écrit ici il y a quelques jours. Parler, c’est bien. Mais si personne n’écoute, à quoi bon ? Ecrire, c’est bien. Mais si personne ne lit, à quoi bon ? Je dis souvent, et je le crois, qu’il me suffit d’un seul lecteur à qui mes mots ont parlé pour que je continue.

Bruno m’a aidé à continuer. L’air de rien. On a besoin des autres.

Dimanche bleu cinéma. Je suis allée voir Prendre le large dans le cadre du festival du film historique. Je voulais le voir depuis que j’ai entendu Gaël Morel, son réalisateur, parler de son film un matin tôt à la radio. A la caisse, quelqu’un a dit qu’il n’avait pas aimé le film. J’ai demandé : est-ce que je dois y aller alors ? La femme à lunettes a dit qu’elle n’aimait pas les films français, mais c’est moi qui voyais. Moi, je ne classe pas les films comme ça. Alors, j’ai pris mon billet. Quatre euros, je ne risquais rien. Je suis entrée. Bleu Bonnaire. Bleu Sandrine. Bleu tissu. Le bleu d’une robe à boutons. Bleu méditerranée, bleu Maroc, bleu révolte, bleu sensible. L’histoire d’une femme qui se délocalise. J’adore ce film. Il appartient à une famille de cinéma qui me va bien. Portraits de femmes fortes et fragiles, seules et exigeantes, debout : Elle s’en va, La fille de Brest, Aquarius. Le genre qui remue. Mon visage ruisselle de larmes en sortant. Qu’est-ce qui fait que les autres ont les yeux si secs et moi le regard si trempé ? Et s’il n’y avait que le regard ? Tout fuit chez moi. Les joues, le cou. Je me cache dans mon écharpe. Heureusement, il fait nuit. Heureusement, la pluie.

 

Lundi 13 novembre 2017

Puisque j’ai décrété que chaque jour de cette résidence Résistance collective en Ardèche est une couleur, après un samedi rouge et un dimanche bleu, voici un lundi vert. Vert cactus sur le balcon. Le vert des carreaux sur ma couverture en laine. Vert herbes folles entre les pierres. Vert Chico Mendes.

Matinée d’écriture tandis que dehors le vent claque les volets des voisins et décoiffe les plantes grasses sur le balcon.

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Entre deux moments derrière l’ordi, j’écoute la voix de Nat King Cole Aquellos ojos verdos. Frissons. C’est la bande musicale du film In the mood for love.

14H30. Le vent n’a pas faibli, mais le soleil est là. J’aurais dû emmener la voix de Nat King Cole cet après-midi à la maison de retraite Les peupliers. On m’a fait venir pour aider à la création d’un journal. Moyenne d’âge du comité de rédaction : 90 ans. Rien que des femmes : Yvonne, Marie-Jeanne, Ginette, Yvette, Josyane, Mauricette, Renée, Simone, Alice toutes assises autour d’une longue table rectangulaire qui donne sur les arbres et le ciel. Rien que des femmes, toutes volontaires, mais aucune vraiment décidée à prendre la plume. « Je ne sais plus rien faire », déplore Ginette. Elles ont déjà des idées sur les rubriques de leur journal. Je leur propose de se pencher sur les jolis moments du présent, elles que le passé ramène toujours en arrière. Je reviendrai jeudi et j’espère que nous pourrons écrire ensemble ces jolies choses de leur existence d’aujourd’hui. Jeudi, ça tombe bien, c’est le jour de la coiffeuse. Un bon moment qu’affectionne René à la mise en plis impeccable.

 

Mardi 14 novembre 2017

Le Teil, quatrième jour. Résidence collective « Ceux qui ont dit non » avec Bruno Doucey, Rachel Hausfater et Maria Poblete. Ici, c’est l’Ardèche, tout près de Montélimar, tout au bout de la gigantesque région Rhône-Alpes-Auvergne. Aujourd’hui, place au jaune après un samedi rouge, un dimanche bleu et un lundi vert. Mardi Jaune. Jaune pastis dans les calanques. Jaune abeille. Jaune dalaï-lama. Jaune poubelles d’emballage. Jaune boîte aux lettres. Jaune pissenlit. Ne croyez pas que je trouve le temps long et que je cherche à m’occuper. Au contraire, il file et, pourtant, j’ai bien plus de temps ici que d’habitude.

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Entre deux longues plages d’écriture, je pense aux deux ateliers d’écriture de demain. Ils me trottent dans la tête. L’un en lycée pro, le second au centre social.

Passage à la médiathèque pour emprunter quelques livres. Là-bas, je découvre Bernadette qui crochète à vitesse grand V en écoutant les autres lui lire le journal. Une couverture fuchsia qu’elle offrira, mais à qui ? A un bébé à naître, évidemment ! Bernadette en a déjà offert toute une collection.

La journée d’aujourd’hui, selon le programme de la résidence, était théoriquement une journée pleine et entière consacrée à l’écriture. Mais je n’écris pas douze heures d’affilée. En tout cas, cela m’arrive rarement. Il faut pouvoir tenir le coup, détendre son dos, étirer son corps.

Pause déjeuner à midi au restaurant du cinéma Regain où, avec Françoise qui m’accueille, on a dû faire de la télépathie car elle porte des collants jaunes. Néanmoins, elle est un peu déçue car elle ne peut pas me proposer de tarte au citron au dessert. A la place, elle découpe un coeur jaune dans du papier carton pour accompagner la crème chocolat et quatre épices. Du coup, je lui souffle à l’oreille la couleur de demain de façon à ce qu’elle s’y prépare. Elle rit. Trop facile, la couleur de demain. En même temps, dans ces cheveux, il y a un arc en ciel. Elle l’ignore, mais je décide que Françoise, même si je ne devais pas la revoir, est désormais la mascotte de ce journal de bord.

Ecrire, c’est aussi marcher. Laisser les choses infuser en soi avant de les reprendre plus tard. Je suis partie cet après-midi me ballader, pensant me promener une demi heure. Je suis revenue deux heures plus tard, un peu frustrée de ne pas rester plus longtemps dehors. J’ai rencontré des gens charmants au cours de ce mardi jaune. Des marcheurs armés de bâtons, des gendarmes en armes, des commerçants vraiment gentils, une ado nourrie au bio mais ayant une terrible envie de chips industriels au goût chimique, une dame en train de balayer sa cour, des amoureux que j’ai débusqués malgré moi derrière un transformateur électrique, des joueurs de boule, etc.

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Une belle journée soleil qui se termine par un retour à l’écriture. A côté de moi, la lampe de chevet a la forme d’un citron.

 

Mercredi 15 novembre 2017

Le Teil, Ardèche. Mercredi rose. Je commence la journée pleine d’émotion à la lecture des petits d’encouragement que m’envoient mes petits camarades de cette Résidence Résistance Collective : Maria Poblete, Rachel Hausfater, Bruno Doucey et aussi Murielle Szac qui dirige la collection Ceux qui ont dit non chez Actes sud Junior. Nous partageons chaque jour un journal de bord dans lequel nous faisons le récit de cette résidence Résistance. Aujourd’hui, plus que jamais, cette résidence n’a jamais aussi bien porté son nom là. Je suis intervenue au lycée Xavier Mallet pour un atelier d’écriture avec la e de 2nde ASSP accompagnement, soins et services à la personne (personnes âgés ou de la petite enfance). Des adolescents de 14 et 15 ans que je trouve très ouverts à mes propositions, très attentifs. Je leur parle injustice. Ils répondent homophobie, sexisme, violence, rassisme, maladie, pauvreté, inégalités, amour, mensonge. Ils inventent des personnages et des situations qui les révoltent. Parfois, souvent, ils évoquent des réalités qui les touchent de près au point d’être très émus. Je remarque que leurs camarades ne se moquent pas, se montrent bienveillants, délicats.

Je trouve aussi beaucoup de bienveillance lors de l’animation que j’anime le soir au foyer social. Nous sommes quatorze. Tous des adultes, 13 femmes, un homme. Je suis très touchée de voir au rendez-vous de ce soir Audrey et Mehmet croisés au centre d’hébergement d’urgence samedi soir avec Bruno Doucey. L’atelier d’écriture affiche complet. Je propose à Bernard Noël, Vice-Président en charge de la Culture à la Communauté de Communes Ardèche Rhône Coiron de rester avec nous. Il accepte et se prête au jeu.

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Je mets la barre un peu haut. Je parle amour et politique, engagement et résistance. Ma proposition d’écriture désarçonne certains. D’autres se lancent déjà. L’émotion gagne plusieurs participantes. Je leur parle, je les encourage, l’atelier se poursuit. Tous écrivent et, au final, les textes existent. Beaux, émouvants, intéressants, singuliers. Je crois pouvoir dire, et j’espère ne pas me tromper, que nous avons tous passé un beau moment, un moment fort.

 

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Jeudi 16 novembre 2017

Sixième jour de Résidence Résistance Collective. Jour mauve puisque j’ai décidé que chaque jour aurait une couleur. Atelier d’écriture modeste et intense, drôle et magnifique aujourd’hui à la maison de retraite Les Peupliers avec les dames rencontrées lundi déjà. Joëlle et Isabelle, les animatrices, se sont mises en tête de créer un journal. Les volontaires sont nombreux, mais pas trop de candidats encore pour la rédaction.

Aujourd’hui deux messieurs nous ont rejointes. Au fil des minutes, nous sommes de plus en plus nombreux. J’ai en tête de trouver avec eux ce qui leur permet de résister aux idées noires. Je leur propose, d’une part, de faire la liste des choses qui manquent dans leur chambre et, d’autre part, de recenser tout ce qui leur fait du bien ici à la maison de retraite, ces moments doux qui procurent du réconfort. Cet après-midi, je n’ai pas de mal à débuter la rencontre. On me connaît, c’est pas pareil. La glace est rompue avec ces grands anciens et anciennes qui ont souvent plus de 90 ans. Yvonne, par exemple, habite ici avec son mari René. Ils fêteront bientôt leurs soixante-dix ans de mariage. C’est beau !

Ils aiment chanter, se réunir, faire des sorties, observer la lune, passer devant un tableau, regarder les arbres, faire du crochet, jouer aux cartes, écouter l’accordéoniste, aller se faire coiffer par Anne-Marie, etc. Ils rêvent de plantes à cultiver à leur fenêtre, de manger du pain bien croustillant avec un bout de saucisson sec, lire des livres historiques, manger du chocolat, etc.

J’ai passé un moment très agréable avec eux. D’ailleurs, le temps a filé. Nous sommes restés plus de deux heures ensemble. J’espère que Joëlle et Isabelle réussiront à faire le trimestriel qu’elles veulent fabriquer avec les résidents volontaires de la maison de retraite.

 

Vendredi 17 novembre 2017

Le Teil, Ardèche. Jour orange. Orange feuille d’automne. Orange kaki sur les plaqueminiers déplumés. Orange vitalité des enfants en sortant de l’école. Orange éblouissement. Orange vitamine C. Orange t-shirt de gym. Orange malette en cuir. Orange clémentine. Orange carotte – Orange oeuf à la coque.

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Septième jour de la Résidence Journée orange consacrée à l’écriture. Dehors, temps un peu froid et magnifique. Cet après-midi, Arnaud Savoye, poète et éducateur au Centre d’hébergement d’urgence, m’a amenée à prendre de la hauteur. Nous sommes allés sur la colline qui surplombe Le Teil.

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Là-haut, Arnaud rêve de créer un jardin des écritures avec des yourts et des petits espaces, comme celui qu’il imagine entre les arbres, un espace de lecture dos-à-dos, ou un autre comme un cocon, le sentier des secrets. Manquent malheureusement pour l’instant les moyens et le rassemblement des bonnes volontés. Mais s’il voyait le jour, ce jardin serait un formidable endroit.

Arnaud m’a aussi montré un livre géant qu’il a fabriqué avec la maison d’édition l’atelier des hannetons. Un livre manifique fait de papier carton, encres écrasées et poèmes sublimes, intitulé « Donnez-moi une corde ». Impressionnant objet d’art.

Puis, pour moi, la journée s’est à nouveau terminée au cinéma, le dernier film de ma semaine au cinéma intercommunal Le Regain du Teil, avec le film « La belle et la meute » réalisé par Kaouther Ben Hania. Un très beau film qui interroge bien sûr sur la place des femmes dans ce pays dont on a dit qu’elle y était plus enviable qu’ailleurs. Pourtant, en le regardant, je ne me suis pas dit que cette histoire ne concernait que la Tunisie. En tant que française, je me suis sentie très concernée par cette histoire qui décrit des relations de pouvoir : hommes/femmes, police/citoyens, médecins/patients. Mariam finit par dire Non au sort qu’on lui impose, celle d’une jeune femme violée qui devrait se taire. Et dans cette société, ce système, cet Etat, seuls des actes de courage individuel permettent de s’en sortir. J’aime beaucoup ce personnage de policier qui dit à Mariam de ne pas retirer sa plainte et de se battre.

 

Sinon, la journée était donc orange. Orange pour lutter contre le noir des idées blafardes.

 

Samedi 18 novembre 2017

Alors, voilà c’est presque fini.

Merci à tous ceux qui m’onte reçue, aidée, écoutée, rencontrée, parlé, étonnée, avec qui j’ai discuté, rigolé, plaisanté, écrit, mangé.

Ils s’appellent Marie-Agnès, Bruno, Bernard, Julie, Tana, Mina, Arnaud, Mehmet, Audrey, Fares, Morgane, Alisson, Bernadette, Alicia, Françoise, Hinda, Roland, Isabelle, Isabelle, Rachel, Yvonne, Simone, Ginette, Charles, Mauricette, Joëlle, Gaëlle, Nathalie, Nadine, Bernard, Sophie, Anita, Laurence, Anne-Claire, Renée, Alice, Christiane, Jacqueline et d’autres encore.

Chaque jour sur ce blog devenu carnet de résidence est une couleur. Après le rouge, le bleu, le vert, le jaune, rose, le mauve et l’orange, ce samedi est un jour blanc.

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Blanc fleurs reçues en cadeau. Blanc Picodon trop vite dégustée. Blanc nougats conservés pour les enfants. Blanc assiette au restaurant avec Françoise la mascotte de mon journal de bord qui me sort toute la vaisselle qu’elle peut. Le blanc, c’est pas facile quand même. Le blanc, c’est éblouissant, salissant, éreintant et immense.


Blanc poème. Celui de Tana, 9 ans, qui vient me l’apporter en cadeau. Une fabrication maison toute fraîche. Ce qui est bien avec la poésie, c’est qu’elle autorise les fautes d’orthographe. Parfois, ça peut faire joli.

Aujourd’hui, samedi blanc, Rachel Hausfater est arrivée. Je lui passe le relais. Elle me succède pendant une semaine au Teil. Ensuite, ce sera au tour de Maria Poblete.

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Aujourd’hui, j’avais donc carte blanche pour proposer une rencontre. J’ai donc invité Fabienne et Eric Burgeat, la fille et le gendre de Robert Boulin, ministre du travail de Raymond retrouvé mort en octobre 1979. La Justice aussi a entériné la version du suicide. Mais quel citoyen de ce pays peut encore y croire ? Combien de temps encore sa famille va t-elle devoir attendre ? Quatre générations meurtries, endolories, malmenées, dénigrées, méprisées par des gens qui, au pouvoir, les regarde de haut. Et un couple pourtant lumineux et debout.

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Il faudrait être sourd et aveugle pour ne pas comprendre que Robert Boulin, ce résistant devenu ministre, n’a pas eu envie de mourir, il est mort au combat, c’est tout, tentant de résister à ceux qui considéraient, considèrent que s’engager en politique, c’est défendre des intérêts particuliers, leurs nombrils minuscules et leurs portefeuilles extensibles. Ceux-ci ont tout faux. La politique, c’est vouloir vivre ensemble.

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Il faudrait aussi manquer de lucidité, souligne Fabienne Burgeat-Boulin devant le public du musée de la Résistance et de la Déportation du Teil venu l’écouter, elle et son mari Eric. La salle est pleine de gens, mais peu de jeunes dans l’assemblée. Où sont les parents et leurs enfants ? Qu’ont-ils de mieux à faire un samedi après-midi à 15 heures que de les écouter tous les deux ? Où sont les profs ? Ceux-là qui vont rabacher leurs chapitres sur la guerre 39-45 et la crise économique de 1974, De Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand et Chirac. L’histoire parfois est très vivante. Comme cet après-midi.

L’histoire n’est rien sans la curiosité des générations d’après.

Résister, remarque Eric, c’est une responsabilité qui se prend. Pendant la guerre en France, contrairement à d’autres mouvements ailleurs, la résistance n’a obligé personne à la rejoindre, pas de chantage, pas d’enrôlement, pas de violence. Venait qui le souhaitait. C’est la même chose aujourd’hui. Résiste qui veut. Eric cite Germaine Tillon et Stéphane Hessel. Leurs mots comme des bouées sur la mer méditerranée et sur tous les sommets enneigés.

 

Dimanche 19 novembre 2017

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Voluptes minérales dans un ciel de nacre. Dimanche argent. Dimanche tourment entre deux deux temps. Je ne suis pas en avance dans la rédaction de mon journal. La vie trop courte. Urgence. Je m’en vais, on s’embrasse.

La résidence Résistance n’est pourtant pas tout à fait finie.

Sur le quai de la gare de Montélimar, l’homme à rouflaquettes part pour Paris, il ne veut pas se tromper de train, c’est si rare pour lui de voyager, il s’excuse, désolé, le TGV, il ne l’a jamais pris. La valise marron tient avec un élastique et son costume vert fripé, il l’a l’air de l’avoir sorti d’une malle ou d’un paquebot.

La résidence Résistance n’est pas tout à fait finie non plus quand j’arrive à Lyon sous la pluie argentée et métallique.