La fille des manifs

Comment est née l’idée de ce roman ?

Cela fait longtemps que je pense à cette histoire et à son héroïne. Elle fait le lien entre plusieurs de mes centres d’intérêt. Mes livres évoquent souvent les relations entre les générations à l’intérieur de la famille ou dans la société. Il y a aussi la question de l’engagement pour la défense de l’environnement qui me préoccupe. Enfin, j’avais envie de parler de la place des femmes. J’ai fait le constat, comme beaucoup d’entre nous, que les adolescentes et les femmes sont de plus en plus présentes et actives, voire même majoritaires, dans les mouvements de protestation. Qu’il s’agisse des « gilets jaunes », des obilisations contre les violences familiales et conjugales ou pour la défense de l’environnement. Leur engagement suscite des réactions souvent très violentes, et même des campagnes de dénigrement. On l’a bien vu avec la Suédoise Greta Thunberg ou la Belge Anuna De Wever. Quand une fille ou une femme s’engage, on la rabaisse, on lui colle systématiquement une étiquette « d’emmerdeuse ». Tout ça m’a un peu mise en colère et j’ai décidé d’en faire un roman. La fiction, pour moi, c’est ce qui permet le mieux de décrypter la réalité. Au coeur de l’engagement des adolescentes et des femmes d’aujourd’hui, il y a très clairement un combat contre la violence et des formes de domination comme le patriarcat. C’est cela dont ce roman parle.

Parlez-nous de votre héroïne, qui s’engage avec courage et sincérité pour le climat, et va se retrouver presque malgré elle sur le devant de la scène.

Barbara, c’est une lycéenne en bac pro plutôt bien dans ses baskets. Elle a choisi de devenir cheffe de cuisine. C’est sa vocation, sa passion. En même temps, elle sent que la vie ne se résume pas à avoir un métier, du travail. Elle aspire à s’engager, à se battre pour des idées, à lutter contre l’injustice.

Dès le début, Barbara est critiquée pour des motifs qui n’ont rien à voir avec son combat : le fait d’être une femme, sa couleur de peau, sa jeunesse, ses études…
Que révèlent ces attaques ?

Barbara ne se contente pas d’être femme, métisse et jeune, elle aspire, en plus, à exercer un métier manuel, c’est-à-dire à se salir littéralement les mains, ce qui ne l’empêche pas de réfléchir et d’avoir un point de vue sur la société dans laquelle elle vit. Or, dans notre pays, dès les premières années de vie, nous valorisons les disciplines dites « intellectuelles », nous apprenons aux enfants à se déconnecter de leurs émotions, de leur corps et nous dévalorisons systématiquement les travaux manuels. Nous finissons par croire que seuls des individus qui auraient fait de longues études, de préférence dans certaines grandes écoles, seraient plus intelligents, plus savants et plus capables que les autres pour penser notre façon de vivre ensemble. La réalité prouve que c’est absolument faux.

Sur son livre de recettes de cuisine, le père de Barbara a écrit : « Ce que tu manges te constitue de l’intérieur. Ce que tu manges dessine ton monde à l’extérieur » Est-ce grâce aux valeurs fortes qui se transmettent dans sa famille que votre héroïne parvient à rester debout ?

Cette phrase est comme une formule magique pour Barbara. C’est ce que disait sa grand-mère à son père quand il était jeune. Une des branches maîtresses de l’arbre généalogique de Barbara a été cassée, ce qui n’empêche pas l’adolescente d’avoir grandi dans une famille très structurée. Les parents sont là, malgré tout, et tiennent bon, même si la vie est parfois brutale et qu’ils sont désemparés. Ils n’ont pas de réponses toutes faites sur les choses. Ils s’accrochent, en revanche, à une valeur forte : ils veulent le meilleur pour leurs enfants, pas forcément en termes de patrimoine économique ou de réussite sociale. Ils veulent tout simplement que leurs enfants soient heureux. Selon moi, c’est le plus beau cadeau qu’on puisse faire à des enfants dans un monde où tout pousse les parents à exiger de leurs enfants  qu’ils rentrent dans un moule pour devenir de parfaits maillons du système économique, et tant pis si au passage ils y perdent leur identité et leur singularité.

Barbara écrit chaque jour à sa grand-mère, décédée un an plus tôt, et c’est ce journal que nous lisons. Quel rôle le souvenir de cette femme joue-t-il pour elle ?

Barbara a une grande tendresse pour sa grandmère. Mais celle-ci reste pour elle une énigme. En lui écrivant, elle essaie de la comprendre et de se comprendre. Adolescente, elle est en train de choisir, d’une certaine façon, sa vie future. Elle s’inscrit aussi dans une lignée. Son engagement découle de ce qu’elle voit du présent et de ce qu’elle sait du passé.

Pourquoi les politiques se défient-ils tellement de la jeunesse ?

Tous les politiques ne se défient pas de la jeunesse. Beaucoup l’utilisent quand ils en ont besoin. On le voit bien dans les partis : les jeunes troupes sont là pour servir les chefs. On apprécie les jeunes dociles et bien « cadrés ». Mais la jeunesse dérange quand elle conteste, proteste, remet en question l’ordre établi des choses, imagine d’autres types d’organisation sociale. Nous traversons une période où il ne fait pas bon critiquer d’une façon générale et où on est vite qualifié d’extrême ou d’ennemi de l’État. Par ailleurs, cela fait bien longtemps qu’on n’a pas entendu un gouvernement placer réellement la jeunesse comme priorité. Or, à mon sens, c’est la responsabilité des adultes de se préoccuper des générations futures.

chez Syros le 5 mars 2020 🙂

Ils parlent de « La fille des manifs« 

  • France Info TV, Marque Page

Le coup de cœur du libraire (Julien Blanchard, Espace Culturel à Pornic) dans l’émission « Marque Page » diffusée entre le 14 mars et 19 mars 2020 a été consacré à « La fille des manifs ».

  • Télérama : « un vibrant roman sur la révolte de la jeunesse écolo »

« La Fille des manifs est ainsi le récit puissamment incarné, à fleur de peau, d’une prise de conscience et d’une émancipation, l’histoire d’un passage de témoin, d’une génération à l’autre, violent et lumineux tout à la fois. Porté par l’espérance. »

  • Argali : « Un roman fort qui dénonce toutes formes d’oppression »
  • Jangelis : « Un roman puissant, (presque un brûlot ?) dans lequel chacun trouvera matière à s’indigner, probablement selon ce qui le touche le plus. »
  • L’Atelier de Ramettes : « C’est un roman fort qui fait monter la pression, les tensions donnent des palpitations au lecteur qui ne peut rien faire. C’est le genre de livre qui fait se questionner sur son propre engagement et jusqu’où on est prêt à aller pour ses convictions…

« Un récit coup de poing qui aborde des sujets forts autour d’une adolescente combative qui croit dur comme fer qu’elle peut changer les choses… La jeune Barbara, en parallèle de son Bac Pro cuisine, milite pour la planète. Dans la veine de Friday For Future, mouvement écologique populaire de jeunes qui revendiquent le droit de faire grève et de manifester pour la planète les vendredis. Sans trop l’avoir cherché, Barbara devient la figure et la porte parole de tous ces jeunes. Les médias se l’arrachent, le cabinet de la Présidente de la République prend contact… Si tout va trop vite, Barbara n’a ni le melon, ni les chevilles qui enflent et encore moins la langue dans sa poche! Ça ne sera pas sans conséquence…
Si au début de ma lecture, j’ai craint qu’Isabelle COLLOMBAT ne tombe dans la caricature en abordant l’aspect sexiste des attaques que subit Barbara, j’ai dû me rendre à l’évidence qu’il existe encore des personnes pour tout confondre et tenter de décrédibiliser une parole avec des fondements aussi machistes qu’imbéciles. Il n’y a qu’à voir l’actualité avec une certaine jeune figure internationale, cible de messages haineux en tout genre… L’autrice ne s’arrête d’ailleurs pas là puisqu’elle aborde aussi le parcours scolaire de son héroïne, loin des grandes écoles et autres cursus élitistes. C’est en fait tout un système qui est dénoncé à travers ce roman.
L’autre aspect du roman qui a son importance, c’est sa forme. Dans un journal, la jeune Barbara s’adresse à Annie, sa grand-mère décédée un an auparavant. Isabelle COLLOMBAT démontre ici l’importance de la transmission, des liens intergénérationnels. Cette relation particulière qui se dessine au fil des pages est très touchante et donne un éclairage particulier au développement psychologique de Barbara. le secret de famille qui nous est progressivement révélé renforce son message, son combat contre toutes les formes de violences… A lire et à faire lire!!!
Votre avis m’intéresse… »

  • L’avis de Jessie Magana, écrivaine et éditrice sur Instagram : « La fille des manifs », @isabelle.collombat chez @syros_jeunesse . Premier coup de cœur spécial confinement. Le début est très fort, avec cette adresse à Annie, la grand-mère de l’héroïne, et ce tutoiement qui nous place in médias des et ne nous lâche pas. La plume alerte d’Isabelle est parfaitement adaptée pour décrire une manif, tout en rythme et en alternance intérieur-extérieur. Son héroïne est subtile, attachante et quelle belle idée d’en faire une métis, sans que la couleur de sa peau ne soit le sujet central du roman. On en a tant besoin, en littérature jeunesse, de cette invisibilité/visibilité ! J’ai trouvé aussi qu’elle avait évité un écueil qui me soucie beaucoup : être dans l’actualité, mais en sortir pour accéder à l’universalité. Son choix d’une présidente imaginaire est vraiment judicieux, car il demeure réaliste mais nous décolle du réel proprement dit. J’en viens à ce que j’ai le plus adoré dans ce roman. Ce lien avec Annie. Ce tissage entre le passé et le présent, ce processus, ce chemin que Barbara fait toute seule, sans qu’il n’y ait ces lourdeurs si habituelles en littérature ado, cette attitude surplombante de l’adulte. Isabelle a vraiment su nous faire toucher du doigt ce passage à l’âge adulte (mais qui conserve une âme d’enfant). Donc un immense bravo pour ce livre, et il faut à présent qu’il trouve son public, malgré l’adversité! #livraddict#bookstagram #litteraturejeunesse#litteratureado #youngadult#youngadultbooks
  • Open Book : « un véritable coup de cœur pour ce roman qui continue à nous habiter après l’avoir refermé » « Barbara est une ado en terminale bac pro cuisine. Elle rêve de devenir cheffe de cuisine, c’est sa passion. Mais elle est aussi une lycéenne engagée qui marche pour le climat, tous les vendredis après-midi, bien décidée à faire changer les choses, pour le bien de l’humanité et de la planète. Elle est devenue le visage de cette contestation, ce qui ne plait pas à tout le monde. Après une interview dans laquelle elle s’exprime un peu trop franchement, elle est victime d’un lynchage médiatique et d’un harcèlement sur les réseaux sociaux. C’est un roman indispensable, à faire lire à tous les jeunes. Il montre la difficulté de l’engagement, la violence de ceux qui ne veulent pas de changement, mais aussi l’importance du changement. J’ai aimé ce roman également pour le choix de l’auteur de nous livrer la voix de Barbara par le biais du journal intime qu’elle adresse à sa grand-mère, Annie, décédée et dont on apprendre au gré des pages, la terrible histoire. D’autres thèmes sont abordés comme l’importance de la famille, la transmission des valeurs de génération en génération, l’inégalité entre homme et femme… C’est un véritable coup de cœur pour ce roman qui continue à nous habiter après l’avoir refermé. »

  • Les lectures de Chloé : Coup de cœur ♥️

« Que dire de ce livre, sinon qu’il est bouleversant et qu’il transcrit des messages forts d’une très belle façon. Les sujets traités ne s’arrêtent pas à l’urgence climatique ! Pour résumer, c’est un coup de coeur auquel je ne m’attendais pas du tout !
(… )Les thèmes abordés sont si forts et actuels que je ne peux que recommander de lire « La fille des manifs ». C’est un roman court, donc pas le temps de s’égarer, « La fille des manifs » est un roman qui se dévore ! »